Être casual sur Instagram, ou la tendance du je-m’en-foutisme millimétré

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⚡Être casual sur Instagram, ou la tendance du je-m’en-foutisme millimétré
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Être casual sur Instagram, ou la tendance du je-m’en-foutisme millimétré

Depuis le temps que l’on scrolle sur Instagram, le réseau nous a habitué·e·s à du beau, du lisse, du propre. Après des débuts marqués par la spontanéité, les feeds se sont progressivement unifiés pour prendre la forme d’ensembles harmonieux et esthétiques.

Mais ça, c’était avant qu’Angèle poste des selfies complètement flous, que Beyoncé se passe du fil dentaire face à sa caméra frontale et qu’Emily Ratajkowski photographie son assiette de poisson après avoir généreusement pioché dedans. Avec l’esthétique casual, le cool est à l’authenticité et au naturel, deux adjectifs que l’on a rarement accolé aux posts léchés des célébrités.

À la recherche du naturel perdu

C’est en 2018, très certainement après un énième soupir devant une photo d’açaï bowl impeccablement dressé, que naît le hashtag #MakeInstagramCasualAgain. L’idée : échapper aux photos posées et aux mises en scène calibrées dans lesquelles nombre d’influenceur·se·s ont capitalisé pour renouer avec l’insouciance des débuts, à une époque où “influencer” ne recouvrait aucune notion d’audience ou de marque.

En 2016, l’auteur et professeur états-unien Lev Manovich mettait en lumière trois catégories esthétiques propres à Instagram : le casual, qui recouvre les photos instantanées personnelles ou familiales ; le professional, c’est-à-dire les clichés commerciaux selon les règles en vigueur au XXe siècle ; et le designed, qui reprend les codes du graphisme contemporain.

Dans une étude sur la mise en scène de soi sur Instagram, les auteur·ice·s comparent le casual à la simplicité des questions posées par Facebook aux débuts du réseau social pour pousser les utilisateur·rice·s à l’engagement : “Que fais-tu en ce moment ?”

La nostalgie du naturel sur Instagram ne date pourtant pas d’hier. Au milieu des années 2010 déjà, les finsta s’imposaient doucement chez les jeunes générations désireuses d’échapper à la loi obscure des algorithmes et au regard des parents.

Contraction de “fake” et “Instagram”, un finsta est un compte privé sur lequel on partage des contenus à des abonné·e·s trié·e·s sur le volet. On y montre son quotidien sans se formaliser des apparences, dans une esthétique brute à base de photos et vidéos banales, désordonnées et parfois gênantes. Cette sorte de compte VIP existe souvent en parallèle d’un compte public qui joue le jeu de la popularité 3.0, là où le finsta se libère, au moins en théorie, de la pression des likes et du post parfait.

La pandémie : l’ère du moche et shitposting

Comme l’explique la sociologue des médias Kim Barbour, le casual a connu un fort regain d’intérêt lors des différents confinements : coupé·e·s de toute forme de lien social IRL, les utilisateur·rice·s n’ont pas eu d’autre choix que de mettre en scène un quotidien pantouflard et globalement peu glamour.

C’est d’ailleurs au même moment que les selfies brosse à dents, option dentifrice autour de la bouche, ont commencé à proliférer. Imputer le nouveau souffle du casual à une pandémie et des confinements à répétition semble cependant un peu trop simple : le cliché parfait en paréo devant un paysage des Cinque Terre ne convainc plus depuis 2019 au moins, pas plus qu’un avocat couché sur du pain.

Dans le rejet d’un beau trop uniforme, le moche a pris le relais. Les Crocs foulent les défilés, des comptes comme Ugly Design compilent le meilleur du pire des créations, et les années 2000 font leur retour plus kitsch que jamais. Sur Instagram aussi, on s’affiche décontracté·e et détaché·e : les photos sans mise au point, les selfies moches en contre-plongée ou les yeux fermés, et les photo-dumps – ces posts de plusieurs images sans lien entre elles – viennent négligemment casser l’harmonie régnante.

À la croisée du finstagram et de la tendance casual, ce shitposting modéré se pense comme une pratique occasionnelle mais publique de ce que l’on faisait sur son finsta. Dans un article publié par le magazine i-D, la journaliste Laura Pitcher appelle cela la “flop-era”. Une tendance qui traduirait aussi selon elle le désintérêt grandissant pour Instagram, que la génération Z délaisse pour TikTok.

Moins de pression, plus d’injonctions

Cette légèreté affichée vis-à-vis des réseaux, même si elle est bienvenue, reste évidemment contrôlée. Selon Laura Pitcher, cela demanderait même plus d’efforts que de publier la photo parfaite : “En postant des photos dignes des finsta sur notre compte principal, on essaie de montrer que l’on se fiche d’Instagram. Mais le fait de s’en ficher demande aussi beaucoup d’efforts, de la curation du photo-dump à la recherche d’un mode de vie esthétique.”

La pizza dégoulinante de Dua Lipa, les selfies foirés d’Emma Chamberlain et la contre-plongée de Jorja Smith ne dupent personne. Si elles brisent la barrière matérialisée par leur community manager respectif·ve et s’affichent comme des girls next door, leur image reste le fruit de stratégies rodées et évolue au gré des tendances.

Selon l’utilisateur Akili sur TikTok, le casual s’apparente ainsi à la téléréalité : cela prétend être réel, mais ne l’est pas. Être cool et détaché sur les réseaux sociaux revêt ainsi toujours une valeur performative, et peut devenir une nouvelle injonction encore moins facile à atteindre. Que l’on soit casual ou pas sur Instagram, on continue à se mettre en scène, et la manière dont on se présente continuera encore et toujours d’évoluer.




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